A Saint-Benoît, comment les moines vivent-ils Noël ?

Question gourmande peut-être ? Veut-on savoir s’ils rêvent de bon repas et salivent déjà, au cours de la messe de la nuit, distraient par les effluves qui viennent des cuisines ? Ou bien question miséricordieuse, pour s’apitoyer sur les pauvres frères qui vont passer la nuit dans le froid et mariner dans de longues prières…, et ne jouiront pas de la chaleur familiale…, et n’auront même pas une orange déposée dans leurs sabots au matin de Noël ? En fait, vous y êtes presque, il y a de ça, mais il faut voir les choses sous un autre angle. Oui, dans un monastère, comme celui de Saint-Benoît-sur-Loire, les 30 moines passent la fête de Noël dans des prières liturgiques plus longues qu’à l’ordinaire. Cependant, ils ne manqueront pas de chaleur fraternelle pour cette fête, et ils ne manqueront pas d’apprécier un bon repas qui ne leur sera pas servi au « réveillon » mais à la table du milieu du jour.

La fête commence dès les «1ère vêpres », office qui se célèbre vers 18 heures dans la crypte de la basilique. Cette prière sera suivie d’un repas en silence et très sobre (une soupe, un plat de légume, fromage, fruits), dans une ambiance recueillie, à la lumière de bougies piquées dans les bûches décorées et surtout repas animé par un grand feu de bois dans l’immense cheminée du réfectoire. Puis viendra la grande prière nocturne de 20 h 30 à minuit. D’abord par les vigiles dans la crypte (ce qu’on appelle parfois les matines comme dans la chanson « Frères Jacques, Frère Jacques… »). S’enchaînent alors des chants divers (hymne, antiennes, psaumes, répons) puis des lectures, entrecoupées de silence. Après une courte pause, tous se préparent pour la messe de « minuit », célébrée à partir de 23 heures et qui déborde… au-delà de minuit. Enfin, chacun regagnera sa cellule pour un repos mérité.

Tôt le matin de Noël (lever à 6 h 45), les moines retournent à l’église pour le chant des « laudes » (ce qui veut dire : louanges), suivies un peu après par l’office de « tierce » et, enfin par la grande messe du jour… Et le repas festif ? Vous l’attendez encore… Il arrive, il arrive ! À 13 heures dans le réfectoire, avec toujours un grand feu de bois dans la cheminée, la table est bien servie, les frères cuisiniers se sont surpassés pour offrir un repas qui, sans être pantagruélique ne manquera pas de saveurs ni de curiosités (une recette inattendue, un fruit exotique…). Notons que, selon l’habitude, on ne parle pas à table. Ordinairement il y a une lecture pendant le repas que tous écoute en silence, mais les jours de grandes fêtes –et Noël en est une– cette lecture est remplacée par de la musique. En sortant du repas tous se retrouvent devant la cheminée pour se souhaiter un « joyeux Noël » en prenant le café et en partageant des friandises avec les hôtes accueillis pour cette fête (une quinzaine habituellement). Le reste de la soirée sera passée au calme pour que chacun puisse récupérer un peu des fatigues de la nuit précédente et se clôturera par le chant des « 2ème vêpres » pour faire pendant aux « 1ère » qui avaient ouvert la fête. Jacques Audebert

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